
BLUF — Bottom Line Up Front Nous avons migré vers Anthropic parce qu’ils ont refusé de lever leurs garde-fous éthiques face à la pression militaire américaine, là où d’autres ont cédé. Chez Capybara SI, nos valeurs guident nos choix de fournisseurs et nous le revendiquons.
L’IA entre en guerre. Nous, non.
Entre 2024 et 2026, le paysage des grands modèles de langage a profondément changé. Ce qui était présenté comme une révolution technologique au service de l’humanité est devenu, pour certains acteurs, une infrastructure de puissance nationale.
OpenAI a supprimé discrètement l’interdiction d’usage militaire dans ses conditions de service. Ses modèles sont désormais déployés dans des environnements classifiés du Pentagone. L’administration américaine, de son côté, a révoqué par décret présidentiel (Executive Order 14179) les obligations de test de sécurité imposées aux développeurs de modèles puissants, qualifiant ces garde-fous de « barrières paralysantes ».
En clair : la priorité n’est plus la sécurité des usages. C’est la domination technologique.
Quand la réalité rejoint la science-fiction et… pas dans le bon sens
Il y a un détail qui nous a frappés dans cette évolution.
En 1942, Isaac Asimov formulait ses lois de la robotique : une IA ne peut pas nuire à un être humain, elle doit obéir aux ordres humains, elle doit se protéger ; dans cet ordre de priorité. Ce cadre, imaginé dans un roman de science-fiction, n’était pas naïf : il posait la question fondamentale de la subordination de la machine à l’humain et à son intégrité physique.

Ce que nous observons aujourd’hui, c’est précisément l’inverse : des gouvernements qui demandent aux fournisseurs d’IA de lever les garde-fous qui s’en approchaient le plus. La surveillance de masse des citoyens, les armes entièrement autonomes, les systèmes de décision sans contrôle humain réel ; ce sont exactement les scénarios qu’Asimov avait voulu rendre impossibles et ce sont mot pour mot les usages que le Pentagone a exigé de pouvoir activer.
Nous ne sommes pas dans un roman, pourtant…
Anthropic a dit non. Et ça compte.
Face aux pressions du Pentagone pour obtenir un accès sans restriction à ses modèles, Anthropic a maintenu deux lignes rouges claires : pas de surveillance de masse des citoyens américains, pas d’armes entièrement autonomes. Le Département de la Défense a alors désigné Anthropic comme « supply chain risk », une étiquette habituellement réservée aux adversaires étrangers des États-Unis, jamais appliquée à une entreprise américaine.
Résultat concret : un contrat de 200 millions de dollars annulé et une interdiction signée par le président Trump lui-même ordonnant à toutes les agences fédérales de cesser d’utiliser les produits Anthropic.
Anthropic a maintenu sa position et a engagé une action en justice pour contester la désignation.
Ce n’est pas anodin. Dans un secteur où les contrats gouvernementaux pèsent lourd, refuser c’est coûteux. C’est un acte.

Nos valeurs ne sont pas un argument marketing
Dans notre manifeste, nous écrivons que nous agissons « avec moralité, honnêteté et respect dans toutes nos actions ». Nous voulons une approche éthique pour nos clients, centrée sur les enjeux sociaux et environnementaux de la technologie.
Ce ne sont pas des mots pour remplir une page, ce sont des critères de décision.
Choisir un fournisseur d’IA, c’est aussi choisir une vision du monde numérique. Un fournisseur qui lève ses garde-fous éthiques sous pression gouvernementale, c’est un fournisseur dont la boussole peut se dérégler. Et une boussole qui se dérègle à l’échelle d’OpenAI ou de Microsoft, ce sont des répercussions planétaires.
Nous ne voulons pas être complices, même indirectement, d’une trajectoire qui s’éloigne de ce en quoi nous croyons.
Et demain ? La question de la souveraineté européenne
Ce choix vers Anthropic est une étape, pas une destination.
Car nous sommes aussi convaincus qu’à long terme, la souveraineté numérique de nos clients passe par des fournisseurs européens. Le choix d’un modèle IA, c’est le choix d’un bloc réglementaire, d’une juridiction et d’une vision politique de la donnée.
Un DSI européen qui déploie un LLM américain s’aligne, souvent sans le savoir, avec les priorités sécuritaires de Washington. Ce n’est pas un jugement. C’est une réalité géopolitique documentée.
C’est pourquoi nous étudions activement les solutions européennes : des acteurs comme Mistral AI portent une vision alternative, ancrée dans l’AI Act européen, orientée vers une IA ouverte et souveraine. Nous travaillons à identifier les options les plus pertinentes pour nos propres usages et pour ceux de nos clients.
Nous vous en dirons plus dès que nos analyses seront suffisamment consolidées.
En résumé
Nous avons choisi Anthropic parce que, dans un secteur en train de se militariser à grande vitesse, ils sont l’un des rares acteurs à avoir maintenu une ligne éthique claire au prix d’un coût commercial réel et assumé.
Nous le disons sans naïveté : aucun acteur n’est parfait et le paysage continuera d’évoluer. Mais aujourd’hui, ce choix est cohérent avec qui nous sommes.
Chez Capybara SI, le calme n’est pas de l’inaction. C’est savoir où l’on va et pourquoi.
TL;DR OpenAI a cédé aux exigences militaires américaines. Anthropic a dit non, au prix de 200M$ de contrats annulés. Nous choisissons nos fournisseurs tech comme nos partenaires : avec nos valeurs. Et nous travaillons activement à une trajectoire vers des solutions IA souveraines et européennes.

